|
« J'aurais beau faire la split sur un deux par quatre en feu hosti, quand y saute dins airs pis qu'y m'mord le cul, c'est le caniche que l'monde applaudissent ! »
Ce texte est né tout à la fois de l'amitié et de la colère. Son origine remonte à un sketch écarté de Vacarmes, Cabaret perdu , le dernier spectacle du Théâtre il va sans dire, dont ni Dominic Champagne ni son auteur Christian Bégin n'arrivaient à faire le deuil. L'objet, une discussion aussi tendue qu'amère entre un nain de cirque et un homme-canon comportait déjà une forte dimension théâtrale, et fut décidé, au cours d'une rencontre, de lui donner plus d'amplitude. À la demande du metteur en scène, le comédien se lança ainsi dans la rédaction de sa première pièce. De dialogues entre les deux hommes en différentes versions, le texte s'est peu à peu élaboré. Martin Drainville s'est ensuite joint au duo, et bien que n'étant pas intervenu directement dans le processus de rédaction, il a accompagné le développement, faisant de ce projet un lieu concret de réflexion pour les trois hommes.
Dans une roulotte donc, deux hommes, deux forains, vivent et se parlent. Mais se parlent-ils vraiment ? On pourrait en débattre, car cette pièce s'avère également être un texte sur le silence et le non-dit, donc sur ce qu'on ne sait dire, ne veut dire, ne peut dire. Derrière chaque parole ici énoncée, proclamée ou hurlée, percent douloureusement celles qui n'arrivent jamais à la surface de la conscience. Aveugles et sourds à tout ce qui les relie, l'auguste et le cascadeur ne semblent a priori n'avoir en commun que le pauvre espace qu'ils partagent. Pourtant, ces deux hommes sont faits du même pain, et comme c'est trop souvent le cas, il faudra qu'une tragédie surgisse pour qu'ils en prennent pleinement conscience.
Pierre Lefebvre |