Accueil Compagnie Créations Musiques Partenaires Club Contact Liens Bucephale Design
Cabaret Neiges Noires
1992 -1998

C'était le temps des beaux décors, du théâtre visuel, de la prépondérance du chef-d'œuvre étranger sur la simple prise de parole des écrivains d'ici, et, entre auteurs d'abord, on a eu le goût de répondre à ça, en essayant, par une sorte de pamphlet théâtral, de nommer les neiges noires qui nous tombaient sur la tête. Le mot d'ordre : tout est possible, essayons d'être nous-mêmes et donc un peu rock 'n' roll si ça se peut. Les acteurs ont pris le relais, Catherine Pinard et André y insufflant beaucoup de musique, les acteurs beaucoup de leur génie et de leur temps (quelles répétitions extraordinaires ça a été) le public beaucoup de plaisir. Grâce à la complicité de Jean-Denis Leduc et de Daniel Simard du Théâtre de La Manufacture, nous avons joui à La Licorne, de bien belles veillées, souvent jusqu'à l'aube, à mêler théâtre et musique, avec une fureur et une frénésie enivrantes. L'état de grâce. Sept spectacles par semaine, dont deux le samedi (nous étions jeunes), des reprises à volonté (et à guichets fermés), une tournée de Québec à Florence (via Amsterdam...), un film. Des spectateurs revenus cinq, six, sept fois. Un chaos régénérateur et bienfaisant. Un soir, en luttant sur scène avec Marc Béland, Suzanne Lemoine se casse le nez sur le crâne de Dominic. Elle hurle (durant la scène appelée le zoo), puis silence, et elle joue sa tirade «Stand-up tragique». Élise Guilbault qui est dans la salle n'en revient pas du grotesque tragique qui se dégage du show. Fin de la scène, Suzanne sort de scène, appelle 9-1-1. Les ambulanciers débarquent (pas les Joyeux Troubadours, les vrais), Suzanne les prie de l'attendre, qu'elle joue sa dernière scène puis qu'elle partira. Les ambulanciers refusent et repartent... sans Suzanne, qui joue sa scène finale avec une grandeur on-ne-peut-plus-inspirée. Puis elle part pour l'hôpital, dans son costume de prostituée, pour revenir à La Licorne vers cinq heures du matin, le nez bandé, pour danser avec nous. Ah! Le théâtre! Déchirante dernière à Sherbrooke. Tout le monde pleure. C'est la fin du rêve. Après un an et demi de représentations, on enterre le spectacle pour le faire renaître six mois plus tard avec Estelle Esse, Didier Lucien et Jean Petitclerc - du D'Auteuil à Québec durant le Festival, jusqu'à la dernière du Spectrum aux Francofolies, en passant par une centième représentation couronnée par une mémorable apparition d'Elvis Gratton dans «Teddy Bear».

 

Cabaret Neiges Noires_1
Cabaret Neiges Noires_2
Cabaret Neiges Noires_3
Photos: Stéphane Lemieux
Crédits Critiques Photos


Le livre de Cabaret Neiges Noires
est publié chez vlb éditeur