| Oui...
on est toujours partis de rien, ou presque, et on a toujours trouvé
quelque chose. Une nuit d'ivresse, l'ombre imprécise d'une
inspiration, puis, avec le temps, beaucoup d'amitié et quelques
angoisses créatrices, on est arrivés au soir du grand
soir. Et à toutes les nuits d'après-spectacle qui s'en
sont suivies, qui nous ont donné l'impression d'être
au monde comme du monde.
Ce n'est pas la grandeur de l'uvre ou la fugace renommée
qu'on se serait acquise en la créant qui m'attachent à
cette aventure. C'est la beauté du geste. La candeur avec
laquelle on s'est chaque fois laissés aller au jeu. La capacité
qu'a eue ce petit théâtre d'être rassembleur,
de nous permettre de vaincre nos solitudes et d'exercer nos libertés.
C'est l'incommensurable générosité des artistes
qui s'y attardent, le temps qu'il faut, pour donner une voix sur
la place publique à une parole incertaine. C'est cette capacité
d'engagement qui donne toute sa place à nos désirs,
à nos angoisses, à nos cynismes, à nos doutes,
à nos fureurs, à nos sottises, à la musique,
à nos silences.
De notre besoin d'une quête à la mort de nos rêves,
partis de rien et sans cesse revenus à rien, nous avons été
au service de l'uvre, princes au royaume de l'éphémère,
ineffables. Il m'arrive parfois de sourire car je suis fier de nos
errances et du sens que nous avons su donner à nos vies,
chaque fois, en jouant à ce qui me semble le plus beau jeu
du monde.
Dominic Champagne
Directeur artistique, metteur en scène et auteur
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